KNH
ANALOG / DIGITAL
KNH / BIOGRAPHIE

DANS LA MATIÈRE
DU SON.

Une recherche entre textures analogiques, précision numérique et énergie électronique.

Silhouette dans un studio de synthèse analogique — illustration de l’univers KNH
KNH · COMPOSITEUR · Le Quizz / 01

KNH ?

C'est l'acronyme de Kasei No Hito, l'homme de Mars, pas le martien avec des petites antennes — ça, ce serait plutôt kaseijin. Non, l'homme de Mars, l'humain seul sur Mars. Une image en réflexion traduisant cette impression d'être un alien que la soucoupe volante aurait oublié sur Terre, et non une référence littéraire ou cinématographique. Vivre dans l'étrangeté de ce monde qui sait m'émerveiller mais aussi m'horrifier.

Et puis KNH, c'est du japonais, une culture très spéciale que je ne suis pas sûr d'aimer dans toutes ses dimensions, mais dont j'admire l'art. Mars, martiens, arts nippons, espace, autant de références qui s'entrecroisent donc dans KNH, d'où ce choix.

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Cette approche synthétique de la musique, choix ou coïncidence ?

Pour des raisons mystérieuses, on se trouve en résonance avec un instrument et son imaginaire, et cela impacte la suite de son vécu et la musique qu'on conçoit, qui implique à son tour de se nourrir encore plus de l'instrument et de son monde à lui, créant ainsi une sorte de feedback. Je ne pense pas qu'on soit harpiste ou synthésiste avant même de rencontrer l'instrument. Mais les artistes portent en eux une graine qui cherche une terre pour croître. Un jour, la rencontre se fait et la graine prend racine.

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Justement, la rencontre avec cette terre promise ?

Un Korg MS-20, j'avais 16 ans. C'est donc un souvenir fort, qui a tissé un lien spécial entre moi et cette machine. Et ce MS-20 sera complété assez vite par un MS-50 et un SQ-10. À côté de mon orgue à cabine Leslie dont je vampirisais l'amplification et la reverb à ressort pour le MS-20.

Vue du studio KNH et de ses synthétiseurs sous une lumière bleue et magenta
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Analog guy, dawless, tout digital ?

Je n'ai pas de religion à ce sujet, je hais les dogmes, quels qu'ils soient, de toute façon. Ce qui compte en tant que musicien, c'est le plaisir que je prends à jouer sur un instrument, c'est tout. Si ça m'inspire, si ça m'aide à composer, alors c'est que c'est bon.

Sinon, je suis d'une génération qui a vu la naissance du digital avec le DX7, et avant, les SEM Oberheim, le Prophet 5, etc. J'ai cette chance de les avoir tous vus, touchés, joués même un peu, possédés pour certains. J'aime le son analogique, le gros son Moog ou Erica Synths aujourd'hui en modulaire, mais j'adore les sons fins, métalliques, hors sol que le numérique sait produire.

Dans le numérique, j'ai tout de même un faible pour les hybrides qui conservent un filtrage analogique notamment, et dont le roi de tous fut le PPG Wave ou le Novation Peak dans les machines récentes.

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Des machines de rêve ?

Oui, forcément. Tout en faisant la différence entre machines de rêve et celles qui relèvent du fantasme. Le rêve, il faut une accroche à la réalité même fugace, des machines que j'ai effleurées ou qui m'ont laissé un souvenir prégnant. Les machines de fantasme, ce sont celles que je n'ai pas touchées et dont seule l'idée m'apparaît séduisante.

Par exemple, le Synclavier fait partie des fantasmes et pas du tout le Fairlight par exemple. Le PPG fait partie des rêves, mais heureusement des modèles sortent proches de l'original comme le 3rd Wave ou le clone Behringer, j'ai pu jouer sur l'original et je peux jouer ces alter-ego aujourd'hui, celui-là est un rêve réalisé à 95% donc.

Un rêve doit pouvoir devenir réalité, un fantasme ce n'est pas toujours souhaitable. Bien d'autres machines m'ont séduites, Certains rêves persistent, et c'est bien comme ça. Tout avoir c'est n'avoir plus rien à découvrir ni à désirer, or le désir est un moteur vital.

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Daw ou Dawless ?

DAW, forcément, c'est comme si on demandait « console de mixage ou pas ? ». Le DAW fait office de table de mixage, peut faire le mastering, mais aussi les effets, le montage, il tient lieu de partition, etc. Il faut vivre avec son temps, j'ai connu les magnétophones Revox, et les fameux 4 pistes à cassettes Technics ou Fostex et, non, merci, vive le progrès numérique ! Je conserve des magnétos mais comme effet, pour lisser un mix final avec un son analogique par exemple.

Le trip dawless est très sympa aussi, c'est avant tout une question de goût, de contexte et de finalité. Comme outil de travail, les DAW sont indispensables.

Rack vertical de synthétiseurs, éclairé en bleu et violet, avec ses commandes lumineuses vertes
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Vintage ou moderne ?

Bigophone de chantier à manivelle ou smartphone ? C'est pareil. Le vintage n'est pas une qualité en soi. Il se trouve que des machines magnifiques ne sont plus fabriquées, alors on les recherche dans le marché vintage. Car même les excellents clones qui peuvent sortir n'ont jamais l'exact son des originaux.

Le trip vintage pour le vintage comme le retour des vinyles, c'est un attrape-gogo du mercantilisme libéral. Ce qui est dommage, c'est que des machines magiques ne soient plus fabriquées et qu'on nous propose plus que des VST dans une boîte qu'on ose appeler synthétiseur.

Si des marques comme Roland n'avaient pas perdues leur savoir-faire et produisaient encore des machines comme le System 100, le System 100M et même le 700 ou l'humble TB303, la 808, tout le monde achèterait et du neuf. Donc on se jette sur le vintage juste pour ça.

Certains aiment le vintage par mode, d'autres par esprit de spéculation, d'autres par foi quasi religieuse. Pour moi, c'est juste que certains trucs parfaits ont déjà été créés et qu'hélas ils ne sont plus fabriqués, obligeant à utiliser du vintage.

Quand tu as un Prophet 10, un PPG, un DX7, un Korg 3200, un Minimoog et un synthi AKS, qu'est-ce que tu veux de plus comme sons ? Avec ça, tu fais tout ce qui est possible. D'autres ensembles de machines « vintage » pourraient aller aussi.

Je ne cherche pas le vintage pour le fun, c'est juste que tout a déjà été fait et que c'était bien fait alors qu'aujourd'hui on ne fait, sauf rares exceptions, que de la programmation approximative de générateurs de sons. Ca peut être utile mais ça ne remplace rien.

Ensemble de modules de synthèse et de commandes éclairés en bleu et violet
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Studio ou performance ?

J'aime bien avoir la maîtrise des choses, donc j'aime le travail studio. Tu peux faire ta petite cuisine, utiliser tes astuces même laborieuses, seul le résultat compte. Je ne suis pas assez exhibitionniste ni cabot pour croire que ça puisse faire plaisir à des gens de me voir tripoter des boutons pendant une heure sur scène. Mais j'admire ceux qui sont à l'aise dans cette pratique, dawless ou pas, analogique ou numérique, bref on s'en fiche. L'important est que l'artiste soit heureux et qu'il arrive à émouvoir son public.

09 —

Modulaire ou classique ?

J'ai commencé avec un semi-modulaire qui très vite est devenu un vrai modulaire (MS-20+MS-50+SQ-10). Ma culture du synthé a commencé par là. Mais j'ai apprécié l'arrivée des polyphoniques et autres synthés dits classiques comme j'ai aimé certains sons des machines numériques.

Là encore, je n'ai pas de choix dogmatique, j'utilise ce qui me convient pour ce que j'ai à faire, sans question ni tabou. Même des VST parfois. Je n'aime pas m'enfermer dans un couloir et n'étant pas matérialiste, tout ce qui est concret a tendance à m'étouffer, la possession matérielle me confine, me strangule par la dépendance qu'elle crée, l'attachement à un lieu même parfois car il faut poser et stocker les machines.

Ainsi, souvent, je préfère le digital pur, ça tient dans un portable qu'on trimballe, on est léger, mobile, ni d'ici ni d'ailleurs, mais mon oreille préfère tout de même l'analogique, alors je dois… composer avec mes paradoxes !

Modules Roland et câbles de connexion dans une ambiance bleue et violette
10 —

Et la question qui fâche : et l'IA dans tout ça ?

L'IA comme assistant c'est génial, au même titre que les DAW ont fait entrer un studio complet hors de prix sur un portable dans le salon de tout le monde, le fameux Home Studio. L'IA va un cran plus loin en offrant un orchestre et un arrangeur à chacun. Des choses qui sont utilisées par les productions musicales des majors, rien de plus, rien de moins. Mais qui sont maintenant à la portée de tous, comme les DAW ont rendu la possession d'un studio pro hors de prix inutile. Alors forcément quand on démocratise ça frise les privilégiés qui pouvaient briller parce que leur maison de disque offrait des heures de studio de luxe et des arrangeurs et des musicos pour boucler leur album. Maintenant tout le monde est au même niveau. C'est bien.

Mais je parle d'IA musicale en tant qu'assistant. En tant que "compositeur" les IA actuelles ne font que singer l'Humain. Car il faut une âme pour composer pas seulement savoir faire des calculs.

En revanche, le jour où des IA sauront aimer, souffrir, avoir peur, faim, froid, seront réellement triste, alors je serai le premier à militer pour qu'elles soient reconnues comme individus à part entière. Ca viendra peut être, et naîtront alors des cyber-compositeurs tout à fait valables j'en suis convaincu. Pour le moment cela reste de la SF même si les choses changent très vite.

ARCHIVES / RENCONTRE AVEC LA MUSIQUE

LA VOIX DERRIÈRE LE SON.

Interview menée par Pierre Minvielle Sebastia pour Yvelines Radio dans le cadre de son émission « Rencontre avec la musique ».

01 / 03.09.2024

Rencontre avec la musique — Partie 1

02 / 10.09.2024

Rencontre avec la musique — Partie 2

UNE IDÉE À METTRE EN FRÉQUENCE ?

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